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Dortoir n°6
 
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Anaël Eiden
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MessagePosté le: Ven Sep 22, 2006 07:18 pm    Sujet du message: Dortoir n°6 Répondre en citant

- Nous y voilàààà !
Tels furent ses premiers mots, sa première exclamation lorsqu'’ils débouchèrent dans le couloir qui rassemblait les chambres des garçons modestes. C'’était la première fois qu’il ouvrait la bouche depuis sa séparation avec Aramis et Gabriel. La compagnie de l’'aveugle peu bavard au ton aussi inexpressif que son regard émoussait ses « crises logorrhéiques ». Quelque chose lui disait qu'’il ne se donnerait pas la peine de lui répondre et, puisqu'’il restait parfaitement impassible depuis le début de leur rencontre, il aurait l’'impression de s’'adresser à un mur, ce qui n'’était guère agréable, même pour quelqu’un d’'aussi peu réceptif qu’'Anaël. Il avait donc conservé le silence, ressassant les derniers évènements de sa petite vie en établissant le portrait de ses nouvelles connaissances. Leur petit entretient dans le hall lui laissait de bons souvenirs et nourrissait ses espoirs quant à ses prochaines rencontres et à leur évolution. Il avait vraiment hâte de connaître la suite de cette nouvelle expérience ! Ha ! Comme il serait plaisant de pouvoir faire quelques bonds dans le temps! Mais, pour lors, avant de divaguer sur l’'avenir, il devait s’occuper de son camarade qui, toujours aussi indifférent, attendait qu'’il le guide à sa chambre. Un peu hésitant, le petit albinos déclara :

- Heu … je ne sais pas dans quel dortoir on t’a mis, il va falloir consulter les listes, je crois qu’elles sont affichées sur les portes. Ne bouge pas, je vais aller voir !
Et, sans attendre une réaction de la part de Matthieu, ce qui n’aurait pas été utile de toute façon, il partit en courrant vers la première porte. Une liste de quatre noms y était affichée et il la consulta aussitôt.
- Ton nom c’'est Matthieu Larrey c’'est ça hein ? Demanda-t-il inutilement sans détacher son regard de la feuille. Puis, oubliant de guetter une éventuelle réponse il murmura les noms qui se succédaient, s'’accordant un petit rire puérile lorsque leur sonorité l’'amusait. A l'’issue d’'une poignée de secondes, une minute tout à plus, il s'’écria victorieusement en faisant un signe de la main au jeune homme pour l’'inciter à le rejoindre :
- C’'est la chambre 6 ! – Son enthousiasme passé, il se souvint que le jeune homme souffrait de cécité et il ajouta en souriant : - Avance tout droit je t’arrêterais ^^. C’est bien, on sera voisin comme ça, moi je ne suis pas loin de ta chambre ! Je suis en... heu…

En quelle chambre déjà ? Confus, Anaël se retourna vers la fiche. Juste en dessous du nom de Matthieu, le sien apparaissait et il laissa échapper un petit cris aiguë pour marquer sa surprise. Ils allaient donc partager la même chambre ? La cohabitation ne serait peut-être pas très amusante mais au moins, il connaissait déjà l’'un de ses compagnons et, comme il était handicapé, il pourrait veiller sur lui. Comment aurait-il pu l’abandonner seul dans une chambre alors qu'il n'’y voyait rien ? Puisqu'ils partageaient la même chambre, le problème ne se poserait pas et il n’'aurait pas de soucis à se faire pour lui. A présent, il fallait qu'’il essaye de devenir son ami. Son camarade ne semblait pas méchant, il était juste renfermé, ce qui était normal pour un aveugle non ? ça ne devait pas être facile à vivre tous les jours. Il ferait tout pour l’'égayer et lui permettre de s'’intégrer dans l’'école. Ce qui lui serait peut-être plus aisé finalement, car même s'’ils partageaient la même chambre, son extraction était largement supérieure à la sienne. Ces réflexions faites, il lui annonça la nouvelle :

- Oooh tu sais quoi ? Nous sommes dans le même dortoir en fait ! C’'est plutôt une bonne chose, je pourrais continuer à te servir de guide comme ça, et puis au moins, on ne devra pas se séparer. Je trouve toujours ça un peu triste, même si ce n’est pas pour longtemps. Dommage que Gabriel et Aramis soient un étage plus bas. Ils étaient de bonne compagnie tu ne trouves pas ?

[bon j'aurais pu mieux faire mais pour une fois, je n'en avais pas envie (je me relâche un peu trop *se tape pour se punir*)]
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MessagePosté le: Ven Sep 22, 2006 07:18 pm    Sujet du message: Publicité

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Mathieu Larrey
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MessagePosté le: Sam Sep 30, 2006 04:56 pm    Sujet du message: Dortoir n°6 Répondre en citant

Le seul témoin de leur marche jusqu’aux dortoirs fut le silence. Etrangement, Anaël n’avait rien dit depuis qu’ils s’étaient séparés de Gabriel et Aramis. Mathieu en était pleinement satisfait, et son mal de tête, quoique toujours présent, n’avait pas empiré. A vrai dire, il n’en avait tout simplement pas eu l’occasion. Aucun bruit, ou très peu, n’était parvenu jusqu’à ses oreilles. Ne montrant pas son contentement, il avait juste avancé sans paraître ressentir quoique ce soit. Peut-être avait-ce été cela qui avait résolu l’autre jeune homme à ne pas émettre le moindre son avant leur arrivée. Ce fu pourtant de courte durée et à peine étaient-ils arrivés dans ce qui était certainement le couloir menant aux dortoirs qu’il reprenait la parole. L’aveugle se demanda un instant s’il n’était tout simplement pas maudit mais n’en fit pas part à son guide.

Ce dernier lui annonça qu’il allait voir où était sa chambre et partit sans attendre une quelconque réponse qui ne serait pas venue de toute façon. Le blond s’arrêta donc, attendant patiemment le retour du garçon. Celui-ci lui annonça après peu de temps qu’il était dans la chambre 6 et qu’ils seraient voisins. Malheur ! Enfin il s’y attendait alors au fond, ce n’était pas bien grave. Reprenant espoir en se disant qu’il pourrait toujours l’éviter au besoin où jouer les sourds s’il le croisait, il commença à marcher, suivit de son cocher qui amenait les valises. Il venait d’entendre son pas lourd s’approcher d’eux. Sans y faire plus attention que de coutume, il avança laissant volontairement sa canne râcler le sol doucement, histoire de le prévenir de tout obstacle malencontreusement placé devant lui. Il ne faisait pas le moins du monde confiance à son nouveau… camarade de dortoirs ? C’était quoi cette histoire ? Il n’allait quand même pas devoir dormir avec ce… ce… gosse surexcité ! Il n’était même pas bourgeois en plus ! Quelle vie ! Mathieu laissa échappa un soupir qui n’était pas très discret ni poli. Il alla rejoindre cette voix qui lui annonçait de bien mauvaises nouvelles et s’arrêta une fois à proximité.


"Non, je ne trouve pas. A vrai dire, je ne sais pas si tu l’as remarqué mais ni Gabriel ni moi n’avions vraiment envie de supporter ta présence."

C’était dit, et tant pis s’il lui faisait de la peine. Il en avait déjà assez de lui et désespérait littéralement à l’idée de supporter Anaël toute l’année. Il ne restait qu’à espérer qu’il ne soit pas dans sa classe car là, vraiment, il sentait qu’il allait faire un malheur. Le jeune homme portant le nom de l’Ange de l’Amour voulant absolument jouer les guides, il était clair qu’il ne le lâcherait pas d’une semelle. Avec un peu – voire beaucoup – de malchance, ce qu’il venait de lui dire n’aurait absolument aucun effet sur son comportement. Etant donné qu’il s'était efforcé d’être froid avec lui jusque-là et que ça n’avait pas marché, il ne voyait pas pourquoi cela aurait une quelconque incidence sur les actes de cet incervelé dans l'avenir.

Le cocher vint vers eux et ouvrit la porte. Il s’excusa brièvement puis entra et posa les affaires. Ayant fait ce pour quoi il était payé, il fit demi-tour et quitta la pièce, laissant les jeunes gens sur le pas de la porte. N’attendant pas plus, le bourgeois pénétra dans la chambre et alla s’asseoir sur un lit, non sans avoir failli buter contre son bagage.

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Anaël Eiden
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MessagePosté le: Mer Oct 4, 2006 07:27 pm    Sujet du message: Dortoir n°6 Répondre en citant

Comme ce jeune homme était froid ! Anaël se demanda s'’il avait déjà croisé un personnage aussi antipathique que lui. Le visage de sa soeur traversa vaguement son esprit, mais cet exemple ne pouvait illustrer ce que Mathieu lui inspirait puisque Mathilde s’'était toujours montrée très expressive, surtout dans ses instants de colère. Or, aucun mot ne fut prononcé, les traits de son visage demeurèrent parfaitement tendu, si bien qu’'il ne put y déceler une pointe d’'approbation ou d'’agacement. Un tel silence traduisait de façon évidente l’'inintérêt que le jeune homme lui accordait, n'’importe qui l’'aurait compris. Cependant, le petit albinos n'’était pas n'’importe qui, sa prodigieuse bêtise le mettait hors catégorie. S'’il se doutait que quelque chose n’'allait pas entre eux, il refusait de l’'admettre. Pourquoi ne l’'aimerait-on pas ? Il ne pouvait le comprendre, et son amour propre n'’était pas en cause, il préférait encore en faire don aux autres. La haine, qui occupe toujours une petite place dans l’'esprit des êtres humains, ne le hantait pas. Tel un bout de bois constamment mouillé que le feu ne pouvait brûler, Anaël devinait parfois la haine qui se dégageait de ses fréquentations mais son cœoeur ne pouvait en subir la morsure. La tristesse et la culpabilité le gagnaient, la rancune le fuyait.
Mathieu l’'intimidait beaucoup, et son infirmité y était en partie pour quelque chose. Comment réagir face à une personne impassible qui vous est supérieure par son statut et son intelligence, mais qui s’'avère physiquement inférieure à vous ? -Bien que, l’expression « physiquement inférieure », ne soit pas des plus adéquate lorsqu'’il était question d'’un acrobate confirmé. Enfin, ne jouons pas sur le sens des mots, le jeune aveugle n’'en mènerait pas large sans lui. Et il était contraint de se fier à Lui, un misérable prolétaire, non, pire, un saltimbanque, une personne de mauvaises mœoeurs, comme il l’'avait déjà entendu dire. Tout cela ne devait pas être très agréable pour un bourgeois et il devait en tenir compte s'’il ne voulait pas le mettre trop mal à l’'aise. Son bien être primait avant le sien.

Malheureusement, ses efforts se soldèrent par un échec. Mathieu réserva une réponse des plus tranchantes à ses paroles. Sa compagnie lui déplaisait et il le lui fit clairement comprendre. Le coup porté se divisa en deux phases dans le regard vermeil de l’'albinos. En premier lieu, ses yeux s’'écarquillèrent démesurément pour traduire stupeur et hébétude ; puis, une fois le message assimilé, ses glandes lacrymales retrouvèrent leur activité, interrompue quelques instants plus tôt, et ses prunelles revêtirent une expression digne d’'un jour d’apocalypse. Mais c'’était tout comme ! En deux mots, le jeune garçon l'’avait anéanti. Et, comble de l’'horreur, il l’'avait assassiné une seconde fois en lui déclarant sans ambages que sa présence l'’importunait, tout comme elle avait pu importuner Gabriel. Cette dernière précision l’'atteint davantage, sans qu'’il ne puisse en expliquer la raison. Il se pinça les lèvres, les larmes affluèrent sur ses joues. Pour quelle raison éprouvait-il le besoin d'’être méchant ? L’'adrénaline monta brusquement. Eploré, il s’'écria :


- Ne dis pas ça ! Tu ne le connais même pas !
Après cette exclamation libératrice, son émotion s’'émoussa et il poursuivit amèrement en fixant le sol :
- Et puis, même si c’est vrai, tu n’'avais pas besoin de le dire, ça fait assez mal comme ça...

Des larmes échouèrent sur le plancher. Mathieu avait sans doute raison, il l’'avait senti, même s’il avait refusé de l’'admettre. Gabriel l’'éviterais peut-être la prochaine fois, lorsqu'’il se serait trouvé des amis plus dignes de lui. Son visage appartenait peut-être déjà au passé. Le simple fait d’'y penser le brisait. Pourquoi s'’intéresserait-il à lui ? Comment pourrait-il gagner sa considération ? Cette question le préoccupait. Il avait envie d'’en parler à son compagnon, mais ce ne serait certainement pas lui qui le rassurerait, ce serait tout le contraire. Il contint donc sa peine et renifla plusieurs fois afin de la refouler tandis que Mathieu entrait dans le dortoir. Lorsqu’il releva enfin les yeux, ce fut pour voir le jeune homme se prendre les pieds dans sa valise. L'’événement lui rappela quel était son devoir et il se rapprocha de lui avant de lui dire sur un ton humble et posé que le bourgeois ne lui connaissait pas encore :

- Tu n’as peut-être pas envie de me supporter, et tu juges peut-être que nous ne sommes pas fait pour nous entendre, et que tu mérites une meilleure compagnie. Mais pour l’'instant, il n’y a que moi et je resterais près de toi quoi que tu dise parce que même si tu arrives à te déplacer dans le noir, je crois que tu ne seras pas capable de te repérer dans le château les premiers jours et si je t'’abandonne maintenant, je ne serai pas tranquille. Tu peux me traiter comme un serviteur si tu veux, je m’en fiche, c’'est peut-être même un traitement trop élevé pour quelqu’'un comme moi. Si je ne mérite pas d’être ton ami, je peux au moins t’'être utile. C’est déjà beaucoup.
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Mathieu Larrey
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MessagePosté le: Dim Oct 15, 2006 09:31 pm    Sujet du message: Dortoir n°6 Répondre en citant

[Navrée, mon post est moche]

Et voilà que l’albinos pleurait. Il l’entendait sangloter à son plus grand désespoir. Qu’avait-il fait à Dieu pour être ainsi punit ? Il avait tâcher de bien écouter le prêtre, de bien se tenir, d’être digne d’aller au Paradis après sa mort mais la vie n’en était pas plus facile pour autant. Devrait-il se tuer pour être débarasser de ces loques humaines gênantes ou bien le temps arrangerait-il les choses ? En fait, il n’avait guère d’autres choix que celui de patienter pour le savoir. Il resta donc assis paisiblement sur son lit, la tête tourné vers les sons émis par l’autre garçon qu’il ne pouvait pas voir. Il ne faisait que l’imaginer et la représentation qu’il en avait était à la fois proche et éloignée de la réalité. Il se fiait surtout à ses émotions puisque physiquement, il ne pouvait que s’en faire une image sans couleur et surtout sans forme distincte. Il n’avait pas pour habitude de toucher le visage des autres pour "voir" à quoi ils ressemblaient, pour lui, c’était donc très "flou".

Une exclamation brisa le calme qui règnait dans la pièce. L’aveugle pensait avoir clos le sujet mais il en était bien loin. L’autre ne désespérait-il donc jamais ? Quand comprendrait-il que la seule chose qu’il puisse faire pour aider le blond était de se faire oublier ? Apparemment, ce n’était pas pour tout de suite. Il avait plutôt l’air d’être partant pour se lamenter. Qu’espérait-il ? Que Mathieu s’excuse ? Qu’il le plaigne ? Il n’aurait rien de tout cela, ce n’était pas du tout dans le genre du bourgeois, et puis il ne revenait que rarement sur ses paroles. Ce qu’il avait dit, il l’avait dit à partir de là, pourquoi tenter de vouloir faire plaisir à un pauvre niais trop bavard et stupide pour comprendre ce qu’on lui disait ? Pour preuve, après quelques instants, il lui fit un beau discours sur l’aide qu’il apporterait, même si le jeune Larrey ne le souhaitait pas, à l’handicapé. Ce dernier désespérait de déceler une étincelle d’intelligence chez son interlocuteur, et pour insister un peu sur ces précédents propos, il daigna parler à nouveau.


"Tu ne comprends pas. Je n’ai ni besoin de ta pitié, ni besoin de ton aide. J’ai une canne, deux oreilles et des mains, ça suffit à se repérer et je sais parler pour demander mon chemin. Et si ce que je te dis te fait mal, sache que ça m’est égal. Si je le dis c’est que je le pense et il faudra t’y faire, surtout si on doit passer l’année ensemble."

Il marqua une pause, laissant à Anaël le temps de digérer ses dires. Ne voulant tout de même pas avoir de réponse avant d’avoir fini sa réplique, il ne tarda pas à reprendre la parole, gardant son ton désintéressé et glacial.

"Quant à être mon ami, ce n’est pas une question de mérite mais d’intérêt. Tu me sembles être long à comprendre mais tu as du tout de même saisir que tu m’indiffères royalement. Maintenant, sèche tes larmes. C’est stupide de pleurer pour ça et ça ne te fera pas rentrer dans mes bonnes grâces."

IMathieu était dur avec lui et en était conscient. Cependant, si ça pouvait lui permettre d’être un peu tranquille, il n’allait pas lésiner là-dessus. Néanmoins, il doutait que cette froideur rafraîchisse réellement l’Ange, ou même que ça l’éloigne momentanément. Il n’y avait guère qu’à espérer que la situation lui serait plus favorable… un jour.
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Anaël Eiden
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MessagePosté le: Jeu Oct 19, 2006 04:57 pm    Sujet du message: Dortoir n°6 Répondre en citant

Dans toute sa pureté d’âme, Anaël crut que son charmant discours améliorerait son rapport avec Matthieu. S'’il ne le supportait pas, c'’était sans doute parce qu’'il parlait à tors et à travers depuis leur rencontre. Tous n’'appréciaient pas ses qualités oratoires et le jeune homme semblait plutôt du genre réservé. Il fallait éviter de trop le brusquer et, suivant cette supposition, l'’albinos s'’était efforcé de maintenir un ordre suivi dans ses idées et, ainsi, à empêcher toute dérivation. Puisque rien ne marchait avec son compagnon, mieux valait aller à l’'essentiel. S'’il avait bien compris une chose, c’'est qu’'il n'’était pas près de sympathiser avec lui. Cependant, il voulait l'’aider et il Devait lui faire comprendre qu’'il Pouvait faire ce qu’'il Voulait de lui si le besoin l’'y contraignait. Il aurait pu s'’agenouiller à ses pieds pour lui montrer jusqu’'où pourrait aller sa dévotion mais une étincelle d'’espoir retint cet avilissement inutile et stupide. L’'aveugle serait peut-être touché par ses propos, par sa bonne volonté. Peut-être daignerait-il lui offrir un visage plus amène... Dans le pire des cas, il préfèrerait peut-être lui ordonner de se prosterner à ses pieds de son propre chef. D’'après ce qu’'il avait pu comprendre, certains aimaient satisfaire leur vanité avec ces démonstrations d’'autorité... S'’il le lui avait demandé, il se serait exécuté de bonne grâce. Sa fierté ne comptait pas du moment qu’'il pouvait rendre service aux autres et leur apporter un peu de réconfort. Anaël était persuadé que l’'aveugle avait besoin de ce type de soutient. Il ne pouvait en être autrement. Cette froideur, cette solitude, cette méchanceté, n'’étaient pas « normales » pour un garçon de son âge, qu'’il souffre de cécité ou non.

Malheureusement, Matthieu ne lui réserva pas « le pire » qu’'il s’imaginait, il lui réserva « un pire » qu’'il n’osait concevoir en refusant catégoriquement son aide, peu séduit par la soumission qu’'il se proposait de lui offrir. Ses paroles étaient sans appel. Il fut, comme à son habitude, direct et franc, sec et indifférent. Anaël baissa la tête malgré lui, pareil à un jeune esclave subissant les remontrances de son maître. Des larmes se formèrent sur les précédentes mais restèrent suspendues à ses cils. Le gros chagrin était passé, il ne restait plus qu’'une amère déception. Matthieu était bien décidé à passer sa scolarité au château comme tous les autres élèves. Il s’en sentait manifestement capable. Peut-être était-il trop fier pour avouer qu’'il avait quelques faiblesses ou peut-être était-il trop confiant. En tout cas, il ne devait pas avoir conscience de la grandeur du château. Même lui, qui bénéficiait pourtant d’une vue excellente, et même au-dessus de la moyenne, se perdrait sans doute durant les premiers jours (son égarement précédent était déjà un signe des « petits problèmes » qu’'il rencontrerait à l'’avenir...). Hélas ! Aussi sages soient ses réflexions, il ne pouvait s'’opposer au choix du jeune homme. Il avait essayé... Et, déjà, Anaël s'’imaginait prononcer ces mots tout de noir vêtu devant une tombe et... Enfin, n’'exagérons pas non plus. Il passa une main sur ses yeux dès que le jeune homme lui demanda de sécher ses larmes et répondit sur un ton terne et calme :


- Je comprends que tu préfères te débrouiller tout seul et que tu veux te montrer aussi capable que les autres... Mais j’espère que tu ne me dis pas ça juste par fierté car tu n'’as absolument rien à prouver à quelqu'’un comme moi. - puis, toujours aussi désespérément têtu, il ajouta : - et je serais quand même là pour t'’aider si tu en as besoin.

Comme pour justifier ses dires, il empoigna la valise de Matthieu et la déposa au pied de son lit afin qu’'il ne se prenne plus les pieds dedans. Devait-il poursuivre ? Il résista à la tentation et se laissa tomber sur un lit bas. Un silence insoutenable, ponctué par de nombreux regards furtifs en direction de son compagnon s’'instaura. Anaël décida alors de combler le vide en fredonnant une mélodie qu’'il réclamait souvent à Rosalie le soir, juste avant de dormir. Au bout de quelques minutes, il se tut de lui même et, après quelques secondes de silence, il fit de nouveau références aux paroles de Matthieu en déclarant d’'une voix songeuse, tout en renversant ses pieds derrière sa tête (car sa langue n’'était pas la seule à ne pas tenir en place.) :


- Je me demande ce qu’'il faut faire pour entrer dans tes « bonnes grâces »... Tu as l'’air bien difficile... Je me demande ce que tu aimes, à part rester tranquille... Tu aime bien quelque chose d’'autre hein ? Enfin, je le découvrirais peut-être un jour...

La dernière phrase semblait annoncer son renoncement temporaire. Il soupira légèrement, leva ses jambes en chandelle, s’'amusa quelques temps à soulever les lattes du lit du dessus puis laissa retomber son corps un peu lourdement sur le matelas, signe de lassitude. Il attendait... Il attendrait l'’heure du dîner, pour pouvoir mener son compagnon à la salle des repas. Il ferait au moins cela pour lui et ensuite, il le laisserait tranquille... Les minutes passaient. Il s'’ennuyait ferme. Gabriel hanta soudainement ses pensées et les perspectives d’une nouvelle rencontre occupèrent son esprit un certain temps.

[Bon, comme cette "première journée" a tendance à trainer un peu trop, je propose qu'on s'arrête là]
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